Mes écrits
Jacques LAUNAY
Je l'ai tué
Je l'ai tué
C'était vraiment difficile pour moi.
Il faut savoir que ce n'est pas mon habitude.
Je l'ai tué à cause de mon impatience.
Que voulez-vous, c'est ma nature de ne pas supporter d'attendre. J'ai été formé comme cela. On m'a toujours dit qu'il ne faut pas faire attendre les autres. Et je me suis appliqué la réciproque : les autres ne doivent pas non plus me faire attendre. La politesse est valable dans les deux sens.
Alors oui, je l'ai tué à cause de mon impatience.
J'ai dû attendre trente minutes !
Vous vous rendez compte ? Trente minutes sans savoir pourquoi cette personne avait du retard. Je sais qu’il est équipé d’un portable. Il aurait pu m'appeler pour signaler son retard. Ou alors un SMS ou un petit mail...
Voilà une belle impolitesse !
Alors je l'ai tué
Je ne supporte pas l'incertitude. Après une attente de dix minutes, on se dit "maintenant il va arriver".
Eh bien non. Il n’est toujours pas là.
Un incivisme caractérisé.
Je n’en pouvais plus d’attendre.
Et puis on imagine qu'il a peut-être eu un accident en chemin avec l'impossibilité de m'en informer. Cela doit donc être grave.
A l'impatience s'ajoute l'angoisse.
Comment le savoir ? Appeler la police ou la gendarmerie, le CHU ou la clinique ?
Appeler ses proches, c’est les angoisser aussi, peut-être pour rien… ou pour quelque chose.
Et puis parfois on stresse pour rien. Mais si c’est pour rien, pourquoi ne m’en informe-t-il pas ?
Non, il a dû se passer quelque chose.
Ah ! L’imbécile qui me fait attendre sans connaître la durée de mon pied de grue !
Si j’avais su, j’aurais pris avec moi un magazine, un livre, des mots croisés pour entretenir l’esprit.
Combien de temps faudra-t-il encore attendre ?
Regarder mon téléphone, debout, la tête inclinée en avant, le menton sur la poitrine, l’arrière du cou en extension. Sauf erreur, les animaux n’ont pas cette attitude, ni, d’ailleurs, de téléphone portable.
Ah ! Satanée incertitude qui fait grimper la tension !
Alors, oui, je l'avoue, d’attendre, j’ai tué le temps...