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La malade imaginaire malgré elle

 

   Si vous le permettez, je vais vous relater les évènements tels que je les ai vécus et perçus.

   Nous étions mariés depuis 40 ans. Sauf ces derniers temps précédés d’une période que j’évoquerai plus loin, nous étions heureux.  Nos enfants ont toujours été notre plaisir. Nous les avons vu évoluer et devenir adultes avec grande satisfaction. Nous avons effectué de nombreux voyages, excitant notre curiosité de coutumes et lieux exotiques. Mon mari avait un niveau scolaire plus élevé que le mien. Il a toujours été volontaire et directif, ce qui l'a amené à assumer des postes à responsabilité. Dans mon cas, mon activité professionnelle, bien qu'intéressante, se déroulait difficilement et les conditions qui m'étaient imposées m'ont amenée à me rapprocher de verres alcoolisés. Il me fut difficile de m'en sortir d'autant plus que mon entourage familial m'en voulait. Chacun en avait honte. Je les comprenais, bien sûr, mais je souhaitais leur aide qui s’est rarement manifestée. Je pus heureusement revenir à une saine situation. La précédente a vite été tue. Cette chappe de plomb, cette incapacité à me le pardonner n’a fait que cacher un souvenir indélébile et pesant pour tous.

   Mon mari en devenait encore plus autoritaire et considérait avoir toujours raison en presque tout. Il décidait de tout, des week-ends, des sorties, des lieux de vacances, sauf de la cuisine qui était mon domaine.

   J'ai dû arrêter mon activité, et je ne l’ai jamais reprise.

   En compagnie de tiers, mon mari n’hésitait pas à me rabrouer s’il estimait que j’avais tort ou que j’exprimais quelque chose de différent de sa pensée. Devant ces tiers, peut-être avait-il honte de mes réflexions, de mes courtes interventions…

  Je devenais progressivement la « moins que rien ». Alors, de plus en plus, je me taisais, je ravalais mes ressentiments. J'avais toujours l'impression d'une vengeance de chacun qui n'hésitait pas à me faire payer mon passé alcoolisé et la gêne qu’ils en avait ressentie.

   Récemment, des difficultés médicales ont été le prétexte pour imaginer une perte de mes capacités d'autonomie...

   Et le mot Alzheimer est arrivé. Était-ce bien de cela qu’il s’agissait ? Certes, je cherchais parfois mes mots, je les remplaçais par des équivalents qui ne satisfaisaient pas mon mari. Cela lui permettait de confirmer un état intellectuel en voie de dégradation. Tout était prétexte à cet effet. Il exprimait que cela lui pesait.

   Cela devenait invivable pour moi. Alors, oui, j’ai fait ce geste, dicté par une volonté incontrôlable qui n’était pas la mienne, comme un réflexe de survie.

   Voilà, Mr le Président, c'est ainsi que cela s'est déroulé.

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