Mes écrits
Jacques LAUNAY
La naissance des saisons
Pour la première fois, notre planète s'éveilla. Elle avait vécu jusqu'alors dans de profondes ténèbres où régnait une rigueur glacée dans un univers terrestre essentiellement minéral. C’était une nuit sans fin, sans vie, sans animation, sauf quelques mouvements lents des plaques tectoniques qui parfois s’entrechoquaient comme des monstres se livrant à des combats, bruyant de craquements, de gerbes de feu volcaniques, de spasmes séismiques. Jusqu’à ce que la lumière apparaisse…
Cet éveil fut un émerveillement et une naissance après une immense période de froidure intense. Le jaune du soleil se mariait alors au bleu du ciel pour produire le vert de la végétation nouvelle. Des espèces vivantes vinrent animer cet espace lumineux mis à leur disposition, les unes attachées au sol, les autres capables de circonvolutions dans les airs. Puis certaines décidèrent de se maintenir dans les premières couches du sol, dédaignant la lumière, mais y trouvant leur subsistance, comme d'autres optèrent pour évoluer dans les eaux des courants et des mers.
Pour célébrer cette première naissance, il fut décidé qu'elle serait renouvelée au moins une fois par an. On l'appela le printemps.
Au fil du temps de cette première période, la durée de la journée s'allongeait pour apporter le profit de la luminosité au fur et à mesure de l'élévation de la température. Les arbres bourgeonnaient et des fleurs apparaissaient pour égayer la nature. Les petits à deux, quatre ou six pattes gambadaient pour s’essayer aux cabrioles.
Néanmoins, la combinaison de la chaleur et de la luminosité devenant trop puissantes pour la flore et la faune, il fut décidé de rétrécir le jour progressivement. On appela cette période l'été, celle qui faisait chercher l'ombre pour se prémunir des rayonnements solaires.
Puis la fatigue des végétaux engendra une perte d'énergie qui brunit certains feuillages. Ces végétaux se préparaient à leur sommeil. Le paysage prenait de superbes teintes mordorées. On appela cette période l'automne.
L'éclairage faiblissait progressivement et raccourcissait en durée. Le froid s’installait et engourdissait la vie encore si jeune. Mais on craignait que la poursuite de cette réduction de la journée menace d’un retour vers les ténèbres. Alors, on décida que l’éclairage avait atteint l'expression minimum de la journée diurne et qu’il fallait retrouver les conditions de la naissance de la vie. On appela cette période l’hiver.
C’est à l’issue de cette phase de repos que chacun se sentit prêt à reprendre une activité. La végétation sortit ses bourgeons et la faune s’ébroua pour retourner chasser et accroître sa famille.
Alors l'alternance des saisons s'installa et continua ainsi fidèlement.