Mes écrits
Jacques LAUNAY
Le condamné témoin
A cette période, la condamnation à mort était encore légale.
Isidore est soupçonné d'homicide volontaire. Nous passerons sur les faits.
Il nie ardemment et inlassablement sa culpabilité.
Au cours du procès, à chaque fois que le président lui donne la parole, à sa réponse il ajoute toujours « Surtout ne me condamnez pas à mort ! ».
A son avocat qui lui demande la logique de cette injonction, Isidore répond « j’ai mes raisons ».
Les jurés sont tous persuadés de la culpabilité d'Isidore. Ils considèrent que cette requête n'est qu'un réflexe humain que tout un chacun peut ressentir face à une mort probable. De plus, réclamer de rester en vie ne démontre pas l’innocence !
Malgré la plaidoirie de l’avocat et la rengaine d’Isidore, le verdict fatal tombe : Isidore est condamné à mort. Et une dernière fois, avant de quitter la salle d'audience, il répète « Ne me condamnez pas à mort ! ».
Dans sa cellule, en attendant l'exécution, il rabâche inlassablement « Ne me condamnez pas à mort ! ».
…
Quelques jours avant l'arrestation d'Isidore, dans une autre affaire, un dénommé Hector avait signalé le meurtre de son épouse à son domicile. Il disait l'avoir constaté à son retour d’une virée nocturne. Il se trouve qu’Hector était le fils du juge qui préside le procès d’Isidore. Sans alibi véritable, malgré sa filiation avec le magistrat, Hector est soupçonné du meurtre de sa femme et sera probablement condamné à mort.
…
Selon la sentence, Isidore est exécuté non sans avoir encore prononcé sa ritournelle : car à l'heure du meurtre de la belle fille du juge, Isidore avait aperçu Hector loin de chez lui...
Isidore emporte dans la tombe le seul témoignage innocentant le fils du juge....