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Zélie et les énigmes de Karine

Ce sont les vacances. Karine, la grande sœur de Léa propose de lui faire des séances de raisonnement et d’y associer ses amis Zélie et Mathieu. Les trois s’entendent si bien !

Les parents acceptent. Les séances s’effectueront le matin.

 

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JEKYLL OU HYDE ?

 

KARINE : Connaissez-vous Robert Louis Stevenson ?

ZELIE : Oui, c’est celui qui a écrit l’Ile au trésor ?

LEA : A quelle époque vivait-il ?

KARINE : A la fin du XIXe siècle. Et savez-vous qu’il a écrit un autre livre célèbre ?

MATHIEU : Pas du tout !

KARINE : Il a écrit « L’étrange cas du docteur Jekyll et de M. Hyde »

LEA : Etrange ?

KARINE : Etrange parce que le personnage principal a un double comportement dont l’un est totalement anormal…. Mais pas si étrange car, dans la vie, il y a beaucoup de personnes à double attitude. Je vais d’abord vous raconter succinctement l’histoire que Stevenson a écrite.

MATHIEU : On est tout ouï.

KARINE : Merci Mathieu. Comme tous les médecins, le Docteur Jekyll soigne toutes les personnes qui se présentent à son cabinet, il rend visite aux malades qui ne peuvent pas se déplacer. Comme tous les médecins, il soigne, il guérit, il est attentionné auprès de tous ceux qui ont besoin de lui.

ZELIE : C’est un médecin, c’est normal qu’il fasse du bien autour de lui !

KARINE : Exactement. Il exerce son rôle de médecin dans la journée.

MATHIEU : A cette époque-là, il n’y avait pas d’électricité. C’était plus facile dans la journée !

KARINE : Effectivement. Mais la nuit, il faisait d’autres choses.

LEA : Il ne dormait pas ?

KARINE : Pas toute la nuit comme nous.

MATHIEU : Mais que faisait-il ?

KARINE : Eh bien, la nuit, il était un assassin.

ZELIE : Un médecin qui tue des gens ! Mais c’est insensé !

KARINE : Bien sûr. L’intérêt de cette histoire, c’est de se dire que les patients de la journée n’imaginaient pas que ce brave docteur était un assassin. Pour eux, c’était une bonne personne de jour comme de nuit. De même, la nuit, personne n’aurait pensé que cet atroce personnage était un médecin pendant la journée.

MATHIEU : Et selon toi, il y aurait beaucoup de personnes qui font du bien dans la journée et du mal la nuit ?

KARINE : Stevenson a choisi le jour et la nuit parce que ce sont deux luminosités opposées. D’ailleurs, le « jour et la nuit » est une expression pour montrer deux contraires. Et puis il a aussi choisi le docteur et l’assassin parce que l’un est un guérisseur qui ramène la vie ou y participe lors d’une naissance, en contradiction avec l’assassin qui enlève la vie.

LEA : Mais pourquoi nous racontes-tu cette étrange histoire du docteur Jekyll et de M. Hyde ?

KARINE : Quand vous connaissez une personne bien sympathique avec vous, vous en déduisez qu’elle est sympathique avec tout le monde et tout le temps ?

ZELIE : Bien oui !

KARINE : Vous en êtes sûr ? Vous savez comment elle se comporte dans d’autre lieux ?

ZELIE : Non, bien sûr.

KARINE : Donc, Zélie, tu ne peux pas en être sûre.

ZELIE : C’est vrai. Je n’y avais pas pensé…. Mais alors, on ne peut jamais être certain !

KARINE : Tout à fait. Si Mathieu te dit qu’une personne est difficile, elle ne l’est qu’avec lui. Avec tes parents, elle sera peut-être facile ?

LEA : Tu peux nous donner un autre exemple ?

KARINE : Un commerçant vous fait des sourires. Vous pensez que c’est normal puisqu’il est commerçant, et qu’il sourit à toutes les personnes qu’il rencontre. Mais peut-être est-il très dur avec ses fournisseurs, ou pire, avec sa famille ?

LEA : C’est vraiment possible ?

KARINE : Partout, il y a des personnes à double comportement.

LEA : Zélie, tu te souviens de Sonia ? Elle était méchante avec la classe et avec Thomas, notre instituteur. Et on disait que chez elle, elle était la plus gentille des filles. Même la boulangère nous en parlait !

KARINE : Je crois que vous avez compris.

MATHIEU : Et on doit en faire quoi ?

KARINE : Que vous ne connaissez les personnes qu’en partie. Vous ne pouvez rien en déduire pour tout ce que vous ne savez pas.

ZELIE : Ça ne va pas être simple !

KARINE : Alors, je vous propose la chose suivante : quand une personne est bonne avec vous, vous pouvez vous y attacher. Mais ne soyez pas surpris si elle a un autre comportement ailleurs. Alors, vous déciderez vous-mêmes s’il faut poursuivre avec elle ou s’il faut arrêter de la voir.

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HORACE OU CURIACE ?

 

LEA : Que vas-tu nous raconter aujourd’hui ?

KARINE : Je vous propose de vous parler d’Horace et de Curiace.

MATHIEU : Je ne connais pas

KARINE : Peut-être connaissez-vous Corneille ?

LEA : Le chanteur ?

KARINE : (Riant) Non, l’auteur de pièces de théâtre.

ZELIE : Là, il faut que tu nous en dises davantage.

KARINE : C’est un auteur du XVIIe siècle.

MATHIEU : C’est vieux !

KARINE : Oui, mais ses pièces de théâtre sont très intéressantes. L’une d’elle s’appelle Horace. Corneille y décrit un combat entre deux familles, les Horace et les Curiace, qui se haïssent. L’objet de ce combat est de définir les plus forts des deux. Ce qui est intéressant, ce sont les commentaires des spectateurs que Corneille a décrit.

LEA : Alors, raconte-nous.

KARINE : Pour simplifier, le combat consiste à bloquer l’adversaire en lui liant les jambes. Chacune des deux familles a désigné trois lutteurs. Par crainte du mauvais résultat, elles refusent d’assister au combat. Le camp vainqueur est celui qui a réussi à neutraliser les trois combattants adverses en même temps. Au cours de la lutte, les trois Curiace parviennent à bloquer fortement 2 Horaces.

MATHIEU : Trop fort les Curiace ! J’adore ce jeu.

KARINE : Pour les deux familles, il ne s’agissait pas d’un jeu mais de leur honneur. C’était très important à cette époque. Il reste donc un Horace libre. Il décide de s’éloigner de l’aire de combat…. A ce moment, un spectateur de la famille des Horace court vers leur maison pour leur expliquer la situation et surtout pour exprimer la honte sur la famille puisqu’un le combattant libre a fui la lutte au lieu de combattre avec honneur. Pour la famille, c’est une honte.

ZELIE : C’est stupide !

KARINE : Cela peut te paraitre stupide, mais l’honneur ou la honte étaient des sentiments puissants…. Lorsque le seul Horace s’éloigne, les trois Curiace partent à sa poursuite. Mais comme le combat les a fatigués différemment, les trois Curiace sont de force inégale et le plus fort se rapproche plus vite que le deuxième qui devance le troisième. En se retournant, le Horace libre constate que ses adversaires sont séparés. Il s’arrête et attend le premier Curiace qu’il neutralise fortement. Puis arrive le second qu’il bloque aussi, enfin le troisième Curiace qui subit le même sort.

MATHIEU : Trop fort !

KARINE : C’est ce que tu penses. Mais les trois Curiace sont neutralisés. La maison Horace est donc déclarée vainqueur du combat…. Alors, un autre spectateur de la famille Horace court à leur maison pour rapporter l’information de cette victoire et informer du génie du troisième Horace qui s’est éloigné pour profiter des forces inégales des Curiace.

LEA : C’est vrai que c’est un génie !

KARINE : Ah bon ? pourquoi donc ?

LEA : Parce qu’en s’éloignant, il savait qu’il pouvait les lier l’un après l’autre.

KARINE : Et quand il a pris la décision de s’éloigner, il se doutait que cela allait se passer de cette façon ?

LEA : Je ne sais pas, moi.

KARINE : Alors, pourquoi dis-tu que c’est un génie

LEA : Parce qu’il a réussi.

KARINE : Il n’y a pas une autre façon de penser ?

ZELIE : Il a peut-être fui par peur puis ensuite il s’est aperçu de l’opportunité de les battre.

KARINE : C’est donc un coup de chance ?

ZELIE : Ben oui.

KARINE : Quelle est la vérité ? Génie ou chance ?

MATHIEU : Il faut lui demander.

KARINE : S’il a fui, il le dira ?

MATHIEU : Ça m’étonnerait

ZELIE : Alors, on ne saura pas ?

KARINE : Exactement. Il faut comprendre que chacun veut raconter une belle histoire sur son succès. On peut le croire comme on peut douter de sa sincérité… En fait, il ne faut pas être dupe parce que le hasard favorise parfois bien les choses… Et puis, il ne faut jamais se prononcer avant la fin d’un événement ou avant d’avoir la connaissance de tout ce qui a pu se passer….

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LA BOBINE

 

KARINE : Aujourd’hui, je vous propose un petit test.

ZELIE : Pas trop dur pour nous ?

KARINE : Rassure-toi, c’est à ta portée. Je le fais aussi avec des adultes.

LEA : On est des enfants !

KARINE : Oui, mais vous saurez répondre comme les adultes… On va se servir d’une bobine de fil à coudre. Regardez bien : le fil sort de la bobine par en dessous. Je la tiens entre mes doigts comme toute couturière. Quand je tire sur le fil, elle tourne dans le sens de la flèche.

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KARINE : Maintenant, je la pose sur la table. Le fil a la même position. Si je tire sur le fil, dans quelle direction roulera la bobine ? Vers la bille ou vers le dé ?

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ZELIE : Ben… vers la bille.

LEA : Je suis d’accord

MATHIEU : Pareil

KARINE : Vous êtes sûrs ?

ZELIE : C’est évident. Elle va tourner dans le sens de la flèche comme lorsque tu la tenais. Donc elle va aller vers la bille.

KARINE : Maintenant, je tire réellement sur le fil

LEA : Elle va vers le dé !!!!

KARINE : Qu’en pensez-vous ?

MATHIEU : Il y a un truc !

KARINE : Quelqu’un veut essayer ?

Zélie prend la bobine et refait l’expérience. La bobine va vers le dé…

ZELIE : C’est incroyable !

KARINE : Non. Ce n’est pas incroyable. C’est juste logique…. Je vous propose la même expérience, mais avec un barreau vertical.

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 KARINE : Le fil est attaché au barreau dans la partie basse…. Comme la bobine, je le tiens au milieu entre mes doigts. En tirant sur le fil, le barreau tourne dans le sens de la flèche. Comme la bobine…. Maintenant, je le pose verticalement sur la table.

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KARINE : Quand je tire sur la corde, vers où va-t-il tomber ?

ZELIE : Vers le dé. Là c’est évident

KARINE : D’accord. Et pourquoi c’est évident ?

ZELIE : Je n’arrive pas à le dire

KARINE : Mathieu et Léa, vous avez une idée ?

LEA : Il est posé sur la table. Il va donc tomber dans la direction du fil.

KARINE : Exact. Alors pourquoi vous êtes-vous trompé avec la bobine ?

MATHIEU : Parce qu’on pensait que la bobine allait tourner dans le même sens qu’entre tes doigts ?

ZELIE : Et aussi parce que le fait de la poser sur la table change le raisonnement, comme avec le barreau ?

KARINE : Vous avez raison tous les deux…. Vous vous êtes bernés vous-même parce que vous avez d’abord vu la bobine entre mes doigts qui tournait dans un sens, autour de son centre, et vous n’avez pas pensé que le fait de la poser sur la table modifiait le raisonnement.

ZELIE : Ce n’est pas facile de penser à tout cela !

KARINE : Très juste. Presque tous les adultes se trompent. Tu as raison, ce n’est pas facile. Et pourtant, vous croyiez que c’était évident…. Alors, que faut- il en conclure ?

LEA : Quand on ne sait pas, on ne répond pas.

KARINE : D’accord, mais pour la bobine, vous pensiez que vous saviez ! Et vous ne saviez pas que vous faisiez un mauvais raisonnement.

ZELIE : Oui, mais comment peut-on savoir si on sait ou si on ne sait pas ?

MATHIEU : Et on ne peut pas tout savoir !

KARINE : Comme on ne peut pas tout savoir, et qu’on ne sait pas si on a ou pas le bon raisonnement, il y a un mot pour cela : la modestie…. Pour certaines choses, on est sûr. Par exemple 2+3=5…. Pour d’autres, on ne sait pas s’il y a un piège. C’est le cas de la bobine.

LEA : Eh bien, j’en connais qui devraient apprendre la modestie…

KARINE : Pour conclure : quand on n’est pas expert dans le domaine, il faut se méfier de son propre à priori ou des évidences personnelles …. La vérité se niche dans des recoins inattendus, faute de connaissance.

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L’ŒUF OU LA POULE ?

 

KARINE : Et si on parlait d’œuf et de poule ?

MATHIEU : Cot cot codec…

KARINE : Ça, c’est la poule. Quel serait le bruit de l’œuf ?

MATHIEU : Cr Cr Cr

KARINE : De quel bruit s’agit-il ?

MATHIEU : Eh bien le poussin qui craque la coquille pour sortir.

KARINE : Pas mal ! Et que fera le poussin dans sa vie ?

ZELIE : Il deviendra une poule.

KARINE : Donc pour faire une poule, il faut un œuf ?

LEA : Oui, bien sûr.

KARINE : Et pour faire un œuf ?

LEA : Il faut une poule.

KARINE : Alors, qui a commencé ?

ZELIE : La poule, évidemment, puisque c’est elle qui pondu un œuf, puis après, l’œuf fera une poule qui fera un œuf et cela ne s’arrêtera jamais.

KARINE : Effectivement, cela ne s’arrêtera jamais. On appelle cela une suite sans fin. Mais au tout début, qu’a-t-il fallu : une poule ou un œuf ?

ZELIE : Je n’avais pas imaginé qu’on aurait pu se poser ce type de question !

MATHIEU : On ne peut pas savoir !

LEA : Il faut bien qu’il y ait eu un premier !

ZELIE : Alors c’est l’œuf.

MATHIEU : Mais pour avoir un œuf, il faut d’abord une poule. Donc c’est la poule.

ZELIE : Mais pour avoir la poule il faut un œuf.

LEA : Donc c’est difficile de savoir qui a été le premier.

KARINE : Voyez-vous pourquoi je vous ai proposé de réfléchir sur cette énigme ?

MAHIEU : Parce qu’il y a des situations où on ne peut pas imaginer le début de quelque chose ?

KARINE : Oui, Mathieu. Tu peux donner un exemple ?

MATHIEU : Je pense à une bagarre, mais en général, on sait qui a commencé.

LEA : Ça, c’est bien un sujet de garçon !

KARINE : Hormis la remarque de Léa, es-tu certain qu’on sait qui a commencé ?

MATHIEU : Si je me bagarre avec Jules, c’est parce qu’il m’a insulté.

KARINE : Son insulte est peut-être une réponse à quelque chose que tu lui as dit ?

MATHIEU : Pourquoi pas, mais c’est son insulte qui m’a amené à la bagarre.

LEA : Ah ces garçons !

KARINE : D’accord, mais analyse bien la succession depuis la fin : tu provoques la bagarre parce que Jules t’a insulté, ceci parce que tu lui as dit quelque chose, peut-être parce que Jules a agi d’une façon qui t’a déplu. Et ainsi de suite… C’est un enchainement d’événements dont il est parfois difficile de définir le début.

ZELIE : Eh bien, il m’arrive de revenir à la maison avec la mauvaise tête. Maman me le fait remarquer. Cela m’énerve. Elle me dit de ne pas le prendre mal. Du coup, cela m’irrite encore plus. Je monte dans ma chambre en claquant la porte. Maman hausse le ton. Je tape des pieds dans ma chambre bien fort. Elle monte, elle aussi, pour me gronder et me faire remarquer la stupidité de mon attitude. Et ainsi de suite. À tout moment j’ai l’impression que c’est elle qui a commencé alors que c’est moi qui suis rentrée avec une tête désagréable.

KARINE : Vous avez compris : il est parfois difficile de savoir qui est la poule et qui est l’œuf, et donc de savoir qui est le premier. Cela veut dire aussi que les réponses sont parfois insatisfaisantes.

LEA : Par contre, aujourd’hui, c’est bien toi qui as commencé avec ce sujet…

KARINE : Il est midi. Je vous propose de nous faire des œufs sur le plat.

MATHIEU : Cela fera des poules en moins !

KARINE : Rassures-toi, Mathieu, tant qu’il y aura des œufs, il y aura des poules.

ZELIE : Et des poussins qui font pioupiou et des coqs qui font cocorico !

LEA : Et pour la basse-cour, il manque les canards, les pintades, les dindons, et les lapins.

ZELIE : et des oies.

KARINE : Vous êtes bien partis !

ZELIE : C’est Mathieu qui a commencé !

MATHIEU : Non, c’est Karine avec ses œufs sur le plat…

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LES 3 REPAS A 10 € - CHERCHEZ L’ERREUR

 

KARINE : Aujourd’hui, je vous propose du calcul mental

LEA : Chouette, j’adore cela

MATHIEU : Bof…

KARINE : Il est à votre portée.

ZELIE : On va voir. On t’écoute

KARINE : Trois amis ont faim. Dans une boulangerie, ils achètent chacun un sandwich, un dessert eu une boisson. Le serveur leur fait payer 10 euros chacun, ce qui fait 30 euros pour les trois.

MATHIEU : Jusque-là, je suis.

KARINE : Le boulanger connaît bien les parents des trois amis et, par amitié, demande au serveur de leur rendre 5 euros en lui mettant 5 pièces d’un euro dans la main…. Le serveur est bien embêté. Comment va-t-il répartir les 5 pièces sur trois clients ? Pour simplifier, il rend un euro à chacun et garde les 2 restants…. Ainsi, les trois amis ont payé chacun 9 euros qui, ajouté aux 2 euros que le serveur a conservés, font 29 euros.

LEA : C’est bizarre ! On devrait tomber sur 30 euros ! Pourtant 27 + 2 font bien 29 !

ZELIE : Bien sûr ! il manque un euro quelque part. Pourtant, les amis se retrouvent bien avec 3 euros, le boulanger finalement a touché 25 euros puisque 30-5=25, et le serveur garde ses 2 euros. Et pourtant 27+2 font 29 et non pas 30 !

KARINE : Zélie, tu as bien commencé et tu as mal fini.

ZELIE : je n’y comprends rien.

KARINE : et c’est normal parce que tu mélange des choux et des carottes.

ZELIE : Cela ne peut pas faire une bonne entrée ?

KARINE : Tout à fait, mais une belle salade aussi… Regardez le tableau et intéressons-nous aux seuls 30 euros que les amis ont en poche, pas par pas :

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En premier, les 30 euros sont dans les poches des amis ;

En second, ces 30 euros sont transférés dans la caisse du boulanger ;

En troisième, ces 30 euros sont répartis en 25 dans la caisse du boulanger et 5 dans les mains du serveur ;

Puis après répartition par le serveur, les amis en possèdent 3, le serveur 2 et le boulanger conserve les 25.

A chaque fois le total fait 30….

C’est vrai que cela a coûté 27 euros aux trois amis. Mais l’addition de ces 27 euros avec les 2 du serveur n’a aucune signification. C’est comme si l’on additionnait des litres d’eau avec une quantité de pommes de terre à cuire.

MATHIEU : Que serait-il logique d’additionner ?

KARINE : Par exemple, on peut comparer ce que le repas a coûté aux amis avec ce qu’ont reçu le serveur et le boulanger à la fin de l’opération : Le boulanger a 25 euros dans sa caisse, le serveur a 2 euros dans sa main. 25 + 2 = 27, ce qui correspond parfaitement aux 27 euros que les amis ont finalement enlevés de leurs poches :

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LEA : Mais comment fait-on pour savoir si on a fait un bon ou un mauvais raisonnement ?

KARINE : Le but de cet exercice est de vous montrer deux choses : la première est de vous faire comprendre qu’il est facile de se tromper dans le raisonnement. Dans cet exercice, il faut se rendre compte qu’on ne peut pas additionner des éléments qui n’ont rien à voir ensemble, même s’ils font tous partie du problème. Cela veut dire qu’on ne peut pas tout maitriser et qu’il faut être humble et éviter de prendre ses résultats personnels comme des certitudes. Comme le cas de la bobine…. Deuxièmement, je vous ai volontairement induit en erreur en vous amenant sur un raisonnement stupide. Et vous êtes tombés dans le panneau !

MATHIEU : Mais alors, on ne peut jamais être certain !

KARINE : La vie est ainsi faite. Parmi toutes les personnes avec qui nous échangeons, il y a des personnes fiables et d’autres qui peuvent nous induire en erreur sans le savoir, ou volontairement. Pensez aux fake-news… Chacun doit donc faire le tri et ne pas tout gober comme argent comptant.

ZELIE : Karine, avec ce que tu nous dis, on peut avoir confiance en toi ? Tu ne nous racontes pas des fadaises ?

KARINE : Quel serait mon intérêt de vous raconter des carabistouilles ?

ZELIE : Je n’en vois pas.

LEA : Et les professeurs, c’est pareil ?

KARINE : Leur métier est de vous apprendre plein de matières pour que vous soyez de plus en plus instruits, et donc de plus en plus fort. Vous pouvez avoir confiance en eux.

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LES BONBONS D’IGOR

 

KARINE : Que diriez-vous aujourd’hui de nous intéresser à des bonbons ?

MATHIEU : Tu en as apporté ?

ZELIE : Gourmand ! Et c’est mauvais pour les dents, tu le sais !

KARINE : Non, je n’en ai pas apporté ; et oui, c’est néfaste pour les dents. J’ajouterais que le sucre aussi est mauvais pour le corps, surtout l’excès de sucre.

LEA : Un petit de temps en temps ne fait pas de mal.

KARINE : Exact. Pas du tout est encore mieux… Bon, je vais vous parler d’Igor…

MATHIEU : Je ne connais pas.

KARINE : Tu n’as pas besoin de le connaître. Ce qu’il a fait est intéressant.

LEA : Un garçon, il n’a pu faire que des bêtises.

MATHIEU : Et voilà comme on est catalogué !

KARINE : Je vous propose de s’en tenir à notre propos. Voici l’histoire d’Igor :

Igor veut s’acheter des bonbons. Dans l’épicerie, il y a des petits sachets à 1 euro et des grands à 2 euros. Il décide d’acheter le moins cher. Il donne une pièce de 1 euro et part avec petit paquet. Presque sorti de la boutique, gourmand comme il est, il préfère un grand paquet à 2 €. Il retourne vers le comptoir et dit à la marchande : « le paquet que je rapporte et la pièce que je vous ai donnée font 2 euros. Je l’échange contre un paquet à 2 euros » … Auriez-vous fait pareil ?

LEA : Je n’achète pas de bonbons…

ZELIE : Il a raison 1 + 1 = 2.

KARINE : Et si Igor revenait le lendemain au lieu de faire l’échange sans avoir quitté l’épicerie ?

ZELIE : S’il n’a pas ouvert le sachet, je crois que c’est pareil.

KARINE : Vous ne pensez pas que ce serait différent le lendemain ?

ZELIE : Non, je crois que c’est pareil. L’euro qu’il a donné et le petit sachet font toujours 2 euros.

KARINE : Tu as dit qu’il a donné 1 euro, c’est cela ?

ZELIE : Oui il a bien donné un euro.

KARINE : Quand on fait le geste de donner quelque chose à quelqu’un, à qui appartient cette chose après le geste ?

LEA : A celui qui a reçu la chose.

MATHIEU : Donner, c’est donner, reprendre c’est voler.

KARINE : Bravo Mathieu ! Quand je donne un objet, ce que je possédais appartient désormais à celui qui le reçoit.

LEA : C’est le cas avec les cadeaux ! Zélie, à ton anniversaire, ce que je t’offre t’appartient.

KARINE : Parfaitement.

MATHIEU : C’est vrai aussi pour l’argent ?

ZELIE : Mais alors, pourquoi le sachet plus 1 euro ne serait pas un bon raisonnement ?

KARINE : Mathieu vient de poser la question pour l’argent. Bien sûr, c’est vrai aussi pour l’argent. Quand Igor a donné sa pièce d’un euro, il ne la possède plus. Elle appartient désormais à l’épicière en échange du sachet de bonbon d’un euro.

ZELIE : Donc, quand Igor veut le sachet à deux euros, il ne possède plus sa pièce d’un euro !

KARINE : Exactement.

ZELIE : Mais dans sa main, il a un sachet qui vaut un euro. Donc pour acheter le sachet à deux euros, il doit sortir un euro supplémentaire de sa poche qui, avec le sachet à un euro font deux euros.

KARINE : je n’ai rien à ajouter. Tu as fait le bon raisonnement.

ZELIE : Heureusement que tu étais là, Karine, sinon nous étions d’accord avec Igor !

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LA GLACIERE

 

KARINE : Que diriez-vous d’un pique-nique ?

LEA : Chouette. Allez, on prépare tout de suite les affaires !

MATHIEU : Avec cette température, il nous faut une glacière pour garder les affaires au frais !

KARINE : Bonne idée. Je vous propose même d’en prendre deux.

ZELIE : Pourquoi deux ? Une seule peut suffire !

KARINE : Deux parce que j’aimerais faire une expérience avec vous. Et cela tombe bien, on dispose d’une petite et d’une grande glacière. C’est exactement ce qui m’intéresse.

MATHIEU : Quelle expérience ? On va servir de cobaye ?

LEA : Dis, Karine, ce n’est pas dangereux ?

KARINE : Pas du tout dangereux, et vous ne craignez rien. Bon, on va tout préparer, et on va séparer les affaires en deux parties bien égales pour qu’il y ait exactement la même chose dans les deux glacières.

 

Les quatre personnages s’activent et remplissent les deux glacières comme l’a souhaité Karine. La petite glacière est pleine, et il reste évidemment de la place dans la grande.

 

MATHIEU : Bon, tout est prêt. Maintenant on peut partir ?

KARINE : Allez, c’est parti.

 

Nos trois amis et la grande sœur se dirigent vers un étang, à vingt minutes de marche. Il offre des zones ombragées par de grands saules à proximité. Pendant le parcours :

 

KARINE : J’ai une question à vous poser. Quand on va arriver à l’étang, nous allons nous installer puis on ouvrira les glacières. Les aliments ne seront pas tout à fait aussi froids que lorsqu’on les y a mis. Etes-vous d’accord ?

LEA : Avec le soleil qui nous tombe dessus, on peut imaginer que ce sera un peu plus chaud dans les glacières.

KARINE : C’est cela. J’ai une question complémentaire. Comme la taille des deux glacières sont bien différentes, la température à l’intérieur va-t-elle monter de la même façon ?

ZELIE : Si tu poses la question, c’est qu’il y a une différence.

MATHIEU : Avec sa question, Karine peut nous mettre sur une fausse piste ?

KARINE : C’est votre avis qui m’intéresse. Je vais vous aider. Il y aura une différence. Alors, laquelle restera la plus froide ?

ZELIE : Aie…

KARINE : Je peux vous poser la question autrement. Laquelle des deux protège le mieux la fraicheur des aliments ?

LEA : La plus grande évidemment.

ZELIE : Je pense la même chose.

MATHIEU : Ben moi, je dis le contraire, par principe.

KARINE : Cela aurait été ta réponse si tu avais été le premier à parler ?

MATHIEU : Je me sens complètement incapable d’avoir un avis.

LEA : Voyons Mathieu, la plus grande a de grandes parois. C’est comme une voiture : plus elle est grande, plus elle protège.

KARINE : Pourtant, on sait qu’une grande maison est plus dure à chauffer !

LEA : Ce n’est pas pareil : ici la chaleur est dehors avec le soleil, alors que dans une maison, la chaleur est faite à l’intérieur.

KARINE : Nous voici arrivé. On pose les deux glacières l’une à côté de l’autre. Et on va les ouvrir en même temps. Léa, tu ouvres la petite et Zélie, tu ouvres la grande, et Mathieu tu te prépares à mettre ensemble une main dans la petite et l’autre dans la grande, et tu nous diras ce que tu remarques. Exécution !

MATHIEU : Il fait plus froid dans la petite ! J’ai gagné ! Zélie et Léa, je vous laisse vérifier.

ZELIE : C’est vrai !

LEA : Zélie, on a perdu !

KARINE : Ce n’était pas un concours. Mathieu, peux-tu nous dire pourquoi tu as choisi la petite ?

MATHIEU : Absolument pas. En fait, je crois que j’aurais aussi dit la grande pour les mêmes raisons que Léa et Zélie. J’aurais aussi pensé que le plus grand protégeait mieux.

KARINE : Comme la bobine, vous aviez une intuition, mais elle n’était pas juste.

MATHIEU : Il faut que tu nous expliques.

KARINE : Imaginez deux casseroles : une grande et une petite. Je les pose sur le sol dehors sous la pluie. D’après vous, quelle casserole recueillera le plus d’eau ?

LEA : La grande.

KARINE : Et pourquoi ?

LEA : Parce qu’elle a plus de surface que la petite pour recueillir l’eau.

KARINE : C’est exactement cela. Et si l’eau était chaude. Laquelle recevrait le plus de chaleur ?

ZELIE : Toujours la plus grande.

KARINE : Pourquoi donc ?

ZELIE : Parce qu’il y aurait plus d’eau chaude.

KARINE : Encore exact ! Voyez-vous la similitude avec la glacière ?

MATHIEU : Pas encore.

ZELIE : Il n’entre pas d’eau dans la glacière !

KARINE : Effectivement, il n’entre pas d’eau, mais il y pénètre autre chose. Voyez-vous quoi ?

MATHIEU : De la chaleur ?

KARINE : Oui, de la chaleur. Comment entre-t-elle ?

MATHIEU : A travers la paroi comme dans une maison ?

KARINE : La comparaison est parfaite, Mathieu. Donc, plus la surface est grande, plus il y aura de passage de chaleur, comme le remplissage d’eau de pluie dans la casserole.

LEA : Alors, c’est pour cela que la grande glacière protège moins que la petite ?

KARINE : Oui, Léa. Tu peux expliquer ?

LEA : La grande glacière a plus de surface de parois que la petite, donc il passe plus de chaleur dans la grande que dans la petite. C’est pour cela que les aliments se sont davantage réchauffés dans la grande que dans la petite.

KARINE : Je n’ai plus rien à ajouter.

ZELIE : En tout cas, on s’était bien trompés encore une fois !

KARINE : Il faut toujours se méfier de son intuition. Quand on connait bien la façon dont ça fonctionne, on peut éventuellement être sûr de son raisonnement. Quand on le connait mal, il faut être prudent.

MATHIEU : Mais quand sait-on que l’on connait bien ?

KARINE : Quand on a fait le tour complet de la question.

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LES OMBRES CHINOISES

 

KARINE : Aujourd’hui, on va faire un peu de géométrie.

MATHIEU : Chouette ? j’adore !

LEA : Ce n’est pas ma matière préférée…

ZELIE : Ça peut être intéressant quand on veut dessiner, mais c’est un peu dur pour moi aussi.

KARINE : Vous connaissez bien les ombres chinoises ?

ZELIE : Oui, c’est l’ombre d’un objet qui est projetée sur un écran.

KARINE : C’est cela. Si je vous montre cette ombre-là : quel objet pourrait la produire ?

MATHEU : C’est évident : une boule.

LEA : Ce pourrait être aussi un disque.

ZELIE : Je penserais aussi à une sphère comme Mathieu.

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KARINE : C’est cela. Si je vous montre cette ombre-là : quel objet pourrait la produire ?

MATHEU : C’est évident : une boule.

LEA : Ce pourrait être aussi un disque.

ZELIE : Je penserais aussi à une sphère comme Mathieu.

KARINE : Et si je vous montre cette deuxième ombre : de quoi pourrait-elle provenir ?

ZELIE : Pour moi, elle est faite par un cube.

LEA : Eh bien, moi, je reste à plat comme le disque. Elle vient d’un carré

MATHIEU : Moi aussi, comme Zélie : c’est un cube.

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KARINE : Donc pour vous, les deux ombres sont produites par deux objets différents !

ZELIE : Oui, mais à ta façon de nous le dire, j’ai l’impression que ce n’est pas vrai.

MATHIEU : Si, c’est vrai, la sphère et le cube peuvent faire ces deux ombres. N’est-ce pas, Karine ?

KARINE : Mathieu, tu as raison. Mais regardez maintenant cet objet :

MATHIEU : C’est un cylindre !

Enigme9.png

KARINE : Bien, Mathieu. Quand je le tourne de cette façon : que voyez-vous ?

ZELIE : Un disque.

Enigme7.png

KARINE : Et comme cela :

LEA : Un carré

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MATHIEU : J’ai compris !

KARINE : On te laisse nous dire ce que tu as compris.

MATHIEU : En fait, avec un même objet, on peut obtenir deux ombres chinoises différentes.

KARINE : Alors, avec quoi ai-je fait les ombres que je vous ai montré ?

LEA : Tu veux qu’on te dise que c’est avec le cylindre !

KARINE : Pas vraiment.

ZELIE : Je crois avoir compris : les ombres ont été produites soit avec le cylindre tout seul, soit avec une sphère et un cube.

KARINE : On peut même aller plus loin : le premier peut avoir été fait avec une sphère ou un cylindre, et le deuxième avec un cube ou un cylindre (le même ou un autre)

ZELIE : Finalement, on ne peut pas savoir ?

KARINE : C’est encore la même conclusion : il faut se méfier de sa propre interprétation. Plein de choses que l’on voit ou que l’on entend peut venir de plusieurs explications différentes.

LEA : La vie est compliquée !!!

KARINE : Oui, mais la vie est ainsi faite. Si elle était simple, des ordinateurs bien programmés suffiraient pour la gérer. Votre force sera de savoir qu’il y a souvent plusieurs explications et que vous ne vous jetterez pas sur la première qui vous vient à l’esprit. Il y a de grandes chances (ou plutôt malchances) qu’elle soit fausse.

MATHIEU : Tu peux nous donner un exemple ?

KARINE : Je vous propose de regarder les notices d’entretien d’un appareil électroménager. Celles-ci comportent presque toujours un diagnostic des problèmes possibles. Vous verrez qu’ils proposent plusieurs possibilités de défaut pour le même problème.

LEA : Tu as un autre exemple ?

KARINE : Les médicaments ont tous des notices. Elles informent de plein de choses, et en particulier des effets secondaires du médicament. On peut voir que le même effet secondaire peut être décrit dans les notices de différents médicaments.

MATHIEU : Conclusion : il faut toujours regarder plus loin que le bout de son nez.

ZELIE : Pour Pinocchio, il fallait qu’il aille chercher très loin !

TOUS : Ah ! Ah !

KARINE : Et pour finir : le philosophe Alain avait dit « Rien n’est plus dangereux qu’une idée quand c’est la seule que l’on a ».

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LES RAYURES DU ZEBRE

 

KARINE : Et si on s’intéressait au zèbre ?

MATHIEU : On va au zoo ?

KARINE : Ce n’est pas nécessaire. Vous sauriez tous dessiner un zèbre ?

LEA : A peu près.

ZELIE : Une tête, 4 pates et une queue.

KARINE : C’est tout ?

LEA : Ah oui ! Des rayures

KARINE : Oui des rayures. De quelle couleur ?

MATHIEU : Noires évidemment.

KARINE : Pourquoi « évidemment » ?

ZELIE : Parce que les rayures blanches ne se verraient pas sur un zèbre blanc.

KARINE : Pourquoi un zèbre blanc ?

ZELIE : Parce que c’est la couleur du fond.

KARINE : A quel autre animal ressemble le zèbre ?

LEA : A un cheval.

KARINE : Exact. Tous les chevaux sont blancs ?

ZELIE : Ben non, il y a aussi des bruns, des noirs, des gris.

MATHIEU : Et des couleurs aux noms bizarres comme Isabelle, bai et certainement d’autres.

KARINE : Parfait. Quelle serait la couleur des rayures sur un cheval noir ?

LEA : Blanche.

ZELIE : Et dans ce cas, ce seraient des rayures blanches sur un fond noir !

MATHIEU : J’ai compris ! Pour le zèbre, on ne sait pas s’il a des rayures noires sur fond blanc, ou des rayures blanches sur fond noir.

KARINE : Alors je vous propose de lire le poème suivant :

 

J'ai demandé au zèbre :

Es-tu noir à rayures blanches ?

Ou blanc à rayures noires ?

Et le zèbre m'a demandé :

Ou es-tu bon avec de mauvaises habitudes ?

Ou es-tu mauvais avec de bonnes habitudes ?

Es-tu bruyant avec des moments calmes ?

Ou es-tu calme avec des moments bruyants ?

Es-tu heureux avec des jours tristes ?

Ou es-tu triste avec des jours heureux ?

Es-tu soigné avec des manières négligentes ?

Ou es-tu négligent avec des manières soignées ?

Et ainsi de suite, encore et encore, et encore.

Je ne demanderai plus jamais à un zèbre :

Es-tu noir à rayures blanches ?

Ou blanc à rayures noires ?

Plus jamais.

 

KARINE : Qu’en pensez-vous ?

LEA : Pour moi, cela veut dire que tout est ambigu.

KARINE : Parfait Léa ! Peux tu préciser ou donner un exemple ?

LEA : Si je vois quelqu’un de calme, je ne sais pas si c’est un calme avec des moments bruyants ou si c’est quelqu’un de bruyant avec des moments calmes.

ZELIE : Cela ressemble à Docteur Jekyll et M. Hyde ?

KARINE : Tout à fait. Avez-vous remarqué que le zèbre propose plusieurs situations ?

MATHIEU : Oui : triste ou heureux, bonnes ou mauvaises habitudes et d’autres encore.

KARINE : Et que signifie cette énumération de situations ?

LEA : Qu’il n’y en a plusieurs.

KARINE : Et plus généralement ?

MATHIEU : Qu’il y en a plein, une multitude.

KARINE : C’est cela : que notre vie est remplie d’ambiguïtés, et qu’il faut faire avec, et les gérer.

ZELIE : Cela confirme encore que la vie n’est pas simple.

KARINE : Encore une fois, elle est comme cela, et c’est bien que vous puissiez le savoir pour ne pas être surpris par les situations que vous allez rencontrer et alors vous réaliserez les bonnes analyses à ces moments-là. Bon, on se retrouve demain matin ?

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LE CHAT NOIR

 

KARINE : Aujourd’hui, je voudrais vous proposer une nouvelle énigme.

LEA : Chouette !

ZELIE : Laquelle ?

KARINE : La voici : un conducteur circule en voiture dans une rue.  Il n’a pas allumé ses phares. Tous les lampadaires sont éteints. Subitement, un chat noir traverse la rue à quelques mètres de la voiture et le conducteur freine brusquement pour l’éviter. Comment s’est-il aperçu de l’apparition du chat ?

MATHIEU : C’est vrai, dans la nuit, c’est difficile de voir un chat noir !

LEA : Il devait faire nuit noire ! Il n’y avait même pas la lueur de la lune ?

KARINE : La lune n’était pas visible.

ZELIE : Donc il faisait nuit noire. Le chat a fait du bruit ? Il a renversé quelque chose ?

MATHIEU : En général, un chat est tellement souple qu’il ne fait pas de bruit.

LEA : Le bruit du moteur devait couvrir le bruit de la chute d’un objet.

MATHIEU : il faudrait que ce soit le bruit d’une détonation pour l’entendre depuis la voiture.

KARINE : Non ce n’est pas pour cela. C’est bien plus simple…

ZELIE : Plus simple ?

LEA : Mais comment peut-on apercevoir un chat noir en pleine nuit noire ?

ZELIE : Ses yeux ! En général, on les remarque bien.

MATHIEU : Oui, mais pour cela, il faudrait un peu d’éclairage quelque part pour qu’on voie la lumière se refléter dans ses yeux. Et là, les lampadaires de la rue et les phares de la voiture sont éteints, et on ne voit pas la lune. Une vraie nuit noire de chez noire !

ZELIE : Il reste l’éclairage dans la voiture. Dis, Karine, les plafonniers étaient allumés ?

KARINE : Il n’en n’avait pas besoin.

LEA : C’est vraiment mystérieux !

KARINE : Bon, je vous donne la solution : Il fait jour.

MATHIEU : Tu nous as dit que c’était dans la nuit !

KARINE : Absolument pas ! Je vous ai dit que les phares de la voiture sont éteints, et aussi les lampadaires de la rue.

ZELIE : Mais oui ! Dans le jour, on ne les allume pas ! Et dans le jour, il est facile de repérer un chat noir. Mais pourquoi a-t-on tout de suite pensé qu’il faisait nuit.

KARINE : Parce qu’en vous disant la vérité, j’ai employé des mots qui vous faisaient penser le contraire. Et avec mon intonation de voix, je vous ai fait comprendre que c’était une situation anormale.

MATHIEU : On s’est fait complètement avoir !

KARINE : C’est encore une histoire d’ambiguïté.

ZELIE : Mais quels mots nous ont mis sur le mauvais raisonnement ?

KARINE : Par exemple, je vous ai parlé de l’éclairage de la rue et de la voiture. Normalement, pour une histoire en plein jour, on ne mentionne pas cela ! Donc, vous pensez immédiatement qu’on est dans la nuit. Et le noir du chat renforce cette idée de la nuit puisqu’il est difficile de le distinguer dans le noir.

MATHIEU : C’est fou ! C’est presque trop facile de berner quelqu’un !

LEA : Mais comment faire pour ne pas être leurré ?

KARINE : Il y a une façon simple.

ZELIE : Laquelle ?

KARINE : Cela s’appelle la « reformulation ». Si vous soupçonnez une ambiguïté, ou même si vous ne la soupçonnez pas, redites ce que vous avez entendu, à votre façon, avec vos mots. Ou bien, vous posez une question pour vérifier votre première impression.

LEA : Par exemple, on aurait dû te dire : « Cela se passe donc dans la nuit noire » ?

KARINE : Et j’aurais été obligée de vous répondre « non »

ZELIE : Et l’énigme était résolue immédiatement !

KARINE : Eh oui ! Vous voyez le gain de temps ? Pensez maintenant à une autre situation où une personne vous raconte ce qui s’est passé de façon ambigüe. Par exemple : le vous décris un accident d’une personne en vous apportant des détails ambigus, il est possible que vous le répétiez mal à un autre interlocuteur, qui lui, va peut-être encore le déformer à sa façon...

LEA : Donc, il faut vraiment s’assurer de bien comprendre ce qui nous est dit.

MATHIEU : Et pour cela, il faut le reformuler !

ZELIE : Karine, as-tu une autre énigme de ce genre ?

KARINE : Bien sûr. Si je vous dis qu’on a retrouvé Jules inconscient sur le sol avec de l’eau et du verre près de lui, qu’auriez vous envie de me dire ?

LEA : Qu’il avait un verre d’eau dans la main et qu’il s’est évanoui.

ZELIE : Que quelqu’un l’a assommé.

MATHIEU : Ou qu’il a trébuché sur une chaise et qu’il s’est cogné la tête en tombant.

KARINE : D’après-vous, qui est Jules ?

ZELIE : Un homme ou un garçon.

LEA : C’est sûr, ce n’est pas une femme !

KARINE : Eh bien, c’est le nom du poisson rouge d’une amie…

MATHIEU : On s’est encore fait avoir !

LEA : Et on aurait dû poser la question : est-ce bien un homme ou un garçon !

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MAIS COMMENT FAIRE ?

 

MATHIEU : C’est la dernière séance ?

KARINE : Oui, Mathieu.

LEA : Dommage. J’adorais toutes ces énigmes !

ZELIE : Moi, ce que j’en retiens, c’est qu’on est condamné à vivre dans l’incertitude.

KARINE : Pourquoi dis-tu « condamné » ?

ZELIE : Parce que, pendant toute la vie, on sera toujours dans l’incertitude ?

KARINE : Je le dis autrement : il y aura toujours de moments d’incertitude, mais aussi des moments de certitude.

MATHIEU : Quelles certitudes ?

KARINE : Par exemple : deux et deux font bien quatre, on paiera toujours le pain, la viande et bien d’autres produits au prix affiché. Si on respecte le code de la route, on ne sera pas sanctionné. Tout cela est de la certitude que l’on vit tous les jours.

LEA : Bien faire ses devoirs donne une bonne note. C’est sûr aussi.

ZELIE : Bien dormir la nuit nous repose correctement. Cela aussi est sûr.

MATHIEU : Un verre qui tombe au sol va se casser.

ZELIE : Pas sûr. Parfois, il ne se brise pas.

MATHIEU : C’est vrai, mais il est sûr que j’aurai une réprimande !

LEA : Si quelqu’un s’en aperçoit !

KARINE : Vous voyez, il y aura toujours de la certitude et de l’incertitude. Mais Zélie, au début, pourquoi as-tu dit « condamné » ? C’est négatif !

ZELIE : Oui, parce que cela n’est pas sympathique de vivre dans l’incertitude.

KARINE : Demain, quel temps fera-t-il ?

ZELIE : Je n’en sais rien.

KARINE : Et pourtant, tu vas pique-niquer avec tes parents.

ZELIE : C’est vrai. Il pleuvra peut-être et on ne pourra pas pique-niquer.

KARINE : C’est une incertitude et pourquoi cela ne t’inquiète-t-il pas ?

ZELIE : Parce qu’on trouvera bien une autre façon de s’occuper.

KARINE : Donc l’incertitude ne t’empêche pas d’être sereine…

LEA : D’accord, que faut-il en conclure ?

KARINE : quand on sait que l’on pourra gérer l’incertitude, on est serein. Il faut surtout la percevoir pour se préparer à faire avec.

MATHIEU : Et comment on s’y prépare ?

KARINE : Il ne faut jamais oublier son passé, et en particulier les moments d’échecs. Ces derniers nous apprennent beaucoup, et surtout les raisons de l’échec pour éviter de les reproduire. Ce sont des expériences qu’il ne faut surtout pas oublier : elles sont beaucoup plus formatrices qu’on ne le pense.

 

CONCLUSIONCONCLUSIONCONCLUSIONCONCLUSIONCONCLUSIONCONCLUSIONCONCL

 

CONCLUSION

 

La bobine, Jeckyll ou Hyde, Horace ou Curiace, l’idée unique…. Tout ceci peut être perturbant au point de ne plus pouvoir vivre et raisonner dans la certitude.

Le monde qui nous entoure est complexe. Il faut 7 ans pour faire un médecin, 2 ans supplémentaires pour en faire un spécialiste.

Imaginons de vouloir être spécialiste dans tous les domaines médicaux. Notre vie suffirait-elle ?

De même dans le domaine de la science (maths, physique, chimie, nucléaire, mécanique, informatique, construction…).

Il faudrait une deuxième vie pour ces domaines.

Et le droit, et l’architecture, et la culture, politique… Combien de vies faudrait-il pour tout connaître ? 10 vies, 15 vies ?

Avec nos 15 à 20 ans d’études, on constate que notre savoir est minuscule.

Il est facile de comprendre que nous ne serons spécialistes que d’une infime partie de la connaissance universelle et que vouloir avoir un avis compétent sur tout est impossible.

Nous sommes donc contraints à raisonner dans l’incertitude, avec humilité et conscience de cet état.

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