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Zélie fait du théâtre

    Lors d’une soirée d’octobre, Zélie assiste à une pièce de théâtre avec ses parents et Arthur, son petit frère. La pièce s’intitule « Un fil à la patte », de Georges Feydeau, célèbre écrivain de pièces de boulevard. Il s’agit d’une œuvre comique jouée par des acteurs amateurs. Ses parents voulaient lui montrer ce type de spectacle et ils souhaitaient savoir si Zélie y prendrait goût. Elle a vraiment apprécié. En revanche, Arthur s’est ennuyé ; c’est compréhensible à son âge, quoique certaines scènes l’aient bien fait rire. Il faut remarquer que les acteurs ont su capter l’attention des spectateurs ! Chacun connaissait parfaitement son rôle et il l’interprétait magistralement comme s’il s’agissait d’une séquence de sa propre vie.

    Dans la voiture, sur le chemin du retour, Zélie dit à ses parents qu’elle aimerait bien, elle aussi, faire du théâtre.

-      Ah ! Et pourquoi cela te plairait ? lui demande sa maman.

-      Tu sais, quand je joue avec Léa et Mathieu, c’est un peu comme si nous faisions du théâtre.

-      A trois, vous improvisez. Mais jouer une pièce est bien différent puisqu’elle est déjà écrite par quelqu’un d’autre : il faut apprendre le texte et le retenir entièrement ! lui rétorque sa maman qui souhaite mesurer la détermination de Zélie.

-      C’est vrai, mais nous avons de bonnes notes en récitation. Nous avons la chance de bien retenir nos textes !

-      Tu te rends compte de la longueur d’une pièce de théâtre ? Tu imagines retenir celle de ce soir ? poursuit son père.

-      On pourrait commencer par une petite pièce, pas trop longue. Cela doit bien exister !

-      Pourquoi pas, lui répond son père satisfait de cette réponse sensée. Ce serait bien d’en parler à Thomas, ton instituteur. Il a peut-être pensé à faire du théâtre sans savoir que quelques-uns le souhaiteraient.

-      D’accord. Demain, je le lui en parle. Avant, je le proposerai à Léa et Mathieu.

    Sur cette conclusion, la famille de Zélie passe à des conversations plus habituelles jusqu’à leur arrivée à la maison.

    Le lendemain, sur le parcours de l’école, Zélie fait part de ses souhaits à Léa, puis à Mathieu lorsque les trois amis se retrouvent devant l’école. Ils sont enthousiastes à l’idée de faire du théâtre.

Ensemble, ils s’approchent de Thomas, leur instituteur, pour l’informer de leur souhait.

-      C’est intéressant, leur dit Thomas. Avec ma collègue Coralie, nous avions cette idée de monter une petite pièce de théâtre. Il nous faudrait cinq acteurs.

-      On est déjà trois, dirent-ils ensemble.

-      Oui, mais attention, les répétions se feront le mercredi après-midi !

-      Oh non ! J’ai athlétisme le même jour ! dit Mathieu.

-      Et moi, la musique ! Poursuit Léa.

-      Il ne reste plus que toi, Zélie. Tu serais toujours d’accord ?

-      Oui, mais c’est dommage, on aurait tellement aimé le faire ensemble.

-      Alors, Zélie, tu feras du théâtre avec d’autres élèves. D’ailleurs, Léa et Mathieu font bien leurs activités sans toi !

-      Bon d’accord ! acquiesce Zélie.

 

    Léa et Mathieu font comprendre à Zélie qu’ils ne sont pas gênés par sa future activité théâtrale et qu’ils l’aideront à apprendre ses textes. Elle apprécie leur gentillesse.

    Deux semaines plus tard, Coralie et Thomas proposent aux meilleurs en récitation, libres les mercredis après-midi, d’apprendre une pièce de théâtre. L’objectif est de la jouer à la fin de l’année scolaire, devant les parents et toutes les autres personnes qui souhaiteraient assister au spectacle.

    Chaque élève en discute le soir avec leurs parents pour avoir leur accord d’exercer cette activité le mercredi après-midi.

    Après acceptation par les parents, les cinq apprentis acteurs sont Lisa, Ninon et Zélie pour les filles, et Dan et Victor pour les garçons. Zélie et Victor de la classe de Thomas, Lisa, Ninon et Dan de la classe de Coralie.

 

-      Vous avez entendu : Victor fait partie de notre troupe, dit Zélie à ses deux amis.

-      Je me souviens qu’il t’avait accusée de vol, ajoute Léa.

-      Oh oui ! confirme Mathieu. C’est bien ce qui m’inquiète ! S’il t’embête, tu nous le dis et on s’en chargera à la récré. On lui rappellera ce qu’il t’a fait.

-      Je pense que ce ne sera pas nécessaire. J’ai même confiance.

-      Tu peux nous expliquer ? continue Mathieu.

-      Vous avez remarqué que son attitude a bien changée depuis cette affaire où il m’avait accusée. Même si on n’est jamais ensemble à la récré, lui et ses amis n’ont plus de remarques désobligeantes à notre égard.

-      C’est vrai, répond Léa. Il faut en convenir.

-      Et je pense que Thomas n’aurait pas proposé qu’on joue ensemble au théâtre s’il craignait que cela se passe mal entre nous. Il ne prendrait pas le risque de rater le spectacle !

-      On peut même imaginer que Thomas lui a directement posé la question, ajoute Mathieu.

-      Mais à toi, il te l’a posée ? s’interroge Léa.

-      Non répond Zélie. Mais nous étions ensemble, et il aurait peut-être préféré que je sois seule avec lui pour me la poser.

-      Quoi qu’il en soit, conclue Mathieu, tu vas faire du théâtre quand nous ferons de la musique et de l’athlétisme. Et tu sais qu’on t’aidera si tu en as besoin.

-      Merci les amis. Vous êtes chouettes.

La première séance

 

   Quelques jours plus tard, dans la cour de récréation, Coralie et Thomas appellent les cinq futurs acteurs en herbe pour leur expliquer le déroulement de cette nouvelle activité théâtrale.

-      Bien, commence Thomas. Acceptez-vous tous ensemble de vous lancer dans cette nouvelle aventure ?

-      Oui, répondent-ils dans un brouhaha enthousiaste.

-      Je vois que cela vous fait plaisir, intervient Coralie, et nous apprécions votre engouement. Je suis certaine qu’on va faire quelque chose de génial et que vous en serez fiers !

-      Puisqu’on va exécuter la représentation en juin l’année prochaine, nous allons répéter tous les mercredis des semaines scolaires. Vous devrez donc être tous présent aux répétitions.

-      Et si on est malade ? demande Victor.

-      Evidemment, vous resterez chez vous. Chaque semaine, vous devrez quand même apprendre un bout de texte.

-      La maladie nous donnera du temps pour cela, ajoute Dan.

-      Effectivement. Mais n’oubliez pas les autres leçons ! Ce seront toujours des petits bouts de texte qu’il faut vraiment connaître par cœur pour les réciter sans se tromper ! Les séances du mercredi serviront à les répéter de nombreuses fois jusqu’à ce que les dialogues soient bien enregistrés.

-      Mais si on se trompe ?

-      L’objectif est de ne pas oublier le texte, répond Coralie. On vous montrera des astuces en cas de difficultés. Devant le public, on peut être tétanisé…

-      Quand vous possèderez bien le texte, vous apprendrez ensuite à le dire de façon naturelle. Il faut que cela devienne spontané. Pas comme les récitations habituelles. Et vous apprendrez aussi à vous déplacer sur la scène.

-      Comme si vous étiez en famille ou entre vous, complète Coralie. Pour le texte vous avez compris ?

-      Oui……….

-      Bien, maintenant, les costumes et les décors. On s’y intéressera en mars l’année prochaine. Et il faudra les fabriquer. On aimerait bien que vos parents s’impliquent. Vous allez donc leur en parler dès ce soir pour qu’on puisse répartir les tâches.

-      Ma grand-mère sait faire de la couture, dit Zélie.

-      Et mon père aime bien travailler le bois, ajoute Victor.

-      C’est parfait tout cela, mais il faudra l’accord de vos parents.

-      Bien, dit Thomas. Maintenant, il faut trouver la pièce à jouer. Avec Coralie, pour la première, nous avons pensé à plusieurs pièces dont vous connaissez l’histoire.

-      Lesquelles ?????

-      Le Petit Poucet

-      D’accord, moi je fais l’ogre dit Dan.

-      Mais on a un problème.

-      Ah ????

-      Il faudrait beaucoup d’acteurs, et on préfère commencer uniquement avec vous cinq.

-      Le Chat Botté, alors, dit Ninon.

-      On y a pensé aussi, mais les décors sont compliqués à réaliser.

-      Moi, je pense à Blanche Neige et les sept nains.

-      Sept nains, Blanche neige et le prince, il faudrait 9 acteurs !

-      Le petit chaperon rouge, dit Lisa. Je peux prêter mon chien pour faire le loup.

-      Ce n’est pas nécessaire. Avec un déguisement, l’un d’entre vous peut jouer le loup. Et puis, comment le ferait-on parler ? De plus, il faudrait qu’il respecte son rôle avec précision. Ce conte vous plait ?

-      Oui !!!! On veut jouer cette pièce-là !!!

-      Parfait. C’est celle à laquelle nous avions pensé, Thomas et moi.

-      Maintenant, il faut répartir les rôles. Pour le loup, je propose un garçon.

-      Moi, dit Victor.

-      Tout le monde est d’accord ? Alors le chasseur sera Dan. Cela te va ?

-      Oui, Thomas.

-      Attention, le chaperon est le personnage principal. Qui veut le faire ?

-      Moi, dit Zélie. Je veux bien essayer.

-      Il ne s’agit pas d’essayer, mais de le faire. Mais je sais que tu en es capable, comme Lisa et Ninon.

-      Je vais le faire, confirme Zélie. Mais je ne voudrais pas m’imposer pour ce rôle. Lisa et Ninon, qu’en pensez-vous ?

-      On est d’accord, répondent les deux interpelées.

-      Reste la mère et la grand-mère.

-      Je propose de faire la mère, dit Lisa

-      Et moi la grand-mère. Ajoute Ninon. Victor, tu me mangeras sans me faire de mal ! complète-elle avec un sourire.

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-      Bien sûr, Ninon. C’est pour de faux.

-      Maintenant, je vous distribue le texte. Vous remarquerez, il possède une succession de phases numérotées de 1 à 15. Cela correspond au découpage de l’apprentissage semaine par semaine.

-      La première semaine, on apprend le 1 et on le répète plusieurs fois. La semaine suivante, on apprend le 2 qu’on répètera avec le 1. Puis la semaine d’après, le 3 qu’on ajoutera au 1 et 2. Et ainsi de suite.

-      Ce sera de plus en plus long !

-      C’est le principe. Le 1 sera répété pendant 15 semaines, puis le 2 pendant 14 semaines, et ainsi de suite… Vous remarquerez que les phases sont de plus en plus courtes pour que l’ajout hebdomadaire soit de plus en plus léger.

-      Et quand on possèdera tout ?

-      Eh bien, vous apprendrez à les dire naturellement jusqu’à la représentation, et à vous déplacer sur la scène.

-      Ouah !!!

-      Vous en êtes capables tous les cinq ! Sinon, on ne vous l’aurait pas proposé.

-      Quand démarre-t-on les répétions ?

-      Le mercredi qui sut les vacances de la Toussaint.

-      Je pourrais avoir un deuxième livret pour réviser avec mes amis ?

-      C’est une bonne idée, mais je ne l’avais pas prévu.

-      Ce n’est pas grave, je vais demander à mes parents de le photocopier.

-      Parfait ! Vous avez des questions ?

-      Où se passera le spectacle ?

-      Dans la salle polyvalente de notre bourg. On y fera les répétitions à partir de la 16e séance. De 1 à 15, elles se dérouleront dans notre école.

-      Maintenant, nous avons terminé. On se retrouve après les congés.

-      D’accord, répondent-ils tous ensemble.

 

   Pendant les vacances de la Toussaint, Zélie, certainement comme les autres acteurs en herbe, lit et relit la pièce issue du conte du Petit Chaperon Rouge.

   Elle commence même à s’essayer aux répliques avec son frère Arthur. Mais comme il a encore un peu de mal à bien lire, elle demande aussi à Léa, sa voisine, qui est enchantée de l’aider.

Cela ne lui permet pas encore de retenir son texte, mais elle commence à s’imaginer en actrice, et elle adore cette nouvelle activité. Peut-être en fera-t-elle son métier ? Elle a même fait quelques rêves comme actrice, mais elle ne se souvient pas de la pièce qu’elle jouait. Elle se dit que ses parents ont eu une chouette idée de l’emmener au théâtre. Ce fut une révélation qu’elle commence à concrétiser. Cela lui a permis de se rendre compte de l’ambiance et de l’exécution, et elle n’imaginait pas un démarrage aussi rapide. Parfois, la vie nous réserve de bonnes surprises qu’il faut saisir quand elles se présentent.

   Pendant ces vacances, Zélie discute beaucoup avec sa Maman et Léa et leur avoue qu’elle craint quelque chose de particulier : parmi les quatre autres, elle n’est pas assurée de bien s’accorder et craint qu’il y ait des frictions. Elle revient sur l’épisode où Victor l’accusait. Puis elle ne connait pas très bien Ninon. Comme elles ne sont jamais ensemble, elle craint qu’elle ne l’aime pas.

-      Pourquoi le penses-tu ? lui demande sa Maman

-      Elle ne vient jamais nous voir !

-      Et toi, tu vas la voir ?

-      Euh, non.

-      Alors, tu ne l’aimes pas ?

-      Pas du tout. Je n’ai aucune raison d’aller la voir parce que je suis bien avec Léa et Mathieu.

-      Elle a aussi des amis ?

-      Oui. Ils sont toujours ensemble.

-      Comme Léa, Mathieu et toi vous êtes toujours ensemble sans aller la voir.

-      C’est exact.

-      Donc Ninon te voit comme toi tu la vois. Vous ne vous détestez pas. En fait, vous ne vous connaissez pas. Quand vous étiez ensemble avec Thomas et Coralie, comment te regardait-elle ?

-      Normalement.

-      Donc, tu n’as rien à craindre.

-      Comment je peux en être sûre ?

-      Tu as une façon : à la prochaine séance, tu dis devant tout le monde que tu es contente de faire cette première expérience avec eux.

-      Tu crois que je peux vraiment le dire ?

-      Oh que oui ! Si eux aussi sont inquiets, ils comprendront que cela se passera bien avec toi. Cela plaira aussi à Thomas et Coralie. Peut-être se disent-ils « pourvu que les cinq s’entendent bien entre eux ! »

Les répétitions

 

   Comme convenu, le premier mercredi suivant les vacances de la Toussaint, la troupe de futurs comédiens se retrouve avec Coralie et Thomas pour la première séance. Comme ces derniers s’en doutaient, les cinq acteurs en herbe avaient lu et relu la pièce. Les cinq étaient excités pour le démarrage des répétitions.

   Au cours de la première séance, Coralie et Thomas font faire des exercices de diction. Comme la météo le permet, ils s’installent dehors. Chacun à son tour se tient debout, bien éloigné des autres et lit une partie du texte, celle qu’il souhaite. Les autres doivent évidemment le comprendre parfaitement. Il s’agit alors de parler distinctement, en articulant correctement les mots, sans forcer la voix, pas trop vite ni trop lentement. Thomas les enregistre pour qu’ils puissent entendre leur propre voix et définir les améliorations nécessaires. Puis ils rentrent pour exécuter le même exercice. A l’intérieur, ils constatent que c’est plus facile. Alors, Thomas leur explique que la présence de spectateurs dans la salle étouffe la portée de la voix. C’est alors que l’exercice à l’extérieur correspond davantage à une salle bien remplie de spectateurs.

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   Coralie leur rappelle que les premières séances servent à bien connaître son texte par cœur, puis les séances suivantes serviront à savoir jouer les émotions pour bien les transmettre.

  Puis elle demande à Zélie et Lisa d’apprendre par cœur la partie numéro 1 pour la prochaine séance. Dans cette première partie, il n’y a que le chaperon et sa mère. Elle leur recommande surtout d’apprendre leur texte à haute voix en se tenant debout, devant un miroir, ou devant une personne qui l’accepte et qui lui fait la réplique.

 

   Au fil des répétitions, les cinq acteurs apprennent à s’apprécier. Zélie dit qu’elle éprouve beaucoup de plaisir à s’essayer au théâtre. Cela lui plait particulièrement de jouer un rôle, même si celui-ci a le plus long texte à retenir. Elle s’aperçoit qu’elle le possède bien, d’autant mieux que l’histoire est bien connue. Elle constate qu’elle adore se mettre dans la peau d’un autre personnage qu’elle-même. Parfois, des mots sont inhabituels. Elle aime les comprendre et les apprendre.

Il lui arrive d’avoir des trous de mémoire : elle recherche le mot exact qu’il faut réciter, ou bien elle ne se souvient plus du début de la réplique. Au début, cela la bloque et la panique.

    Progressivement, elle s’habitue à cette situation qui lui arrive de temps en temps. Alors, elle improvise quelque chose qui correspond parfaitement à la situation, tout en faisant comme si le texte demandait un petit temps de réflexion, ou elle exprime des « ah ah », des « oh oh », des « hum hum »... Ainsi, un auditeur ne s’aperçoit pas qu’elle a un trou de mémoire.

   Après la quinzième séance, il faut s’intéresser aux costumes. Comme l’avait suggéré Zélie, sa grand-mère contribue à leur confection ainsi que la mère de Dan. Les deux couturières se répartissent la tâche et effectuent les essayages chez elles. Plusieurs séances ont été nécessaires depuis le bâti du costume jusqu’à la confection définitive.

   Enfin, les dernières répétions s’effectuent avec les habits de scène. La dernière se déroule dans la salle de spectacle. C’est encore plus enthousiasmant pour ces jeunes acteurs qui se complaisent chacun dans leur rôle.

   Pendant ce temps, des parents volontaires préparent les décors et en profitent pour jeter un œil ravi sur le travail des élèves.

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   La veille, samedi, c’est la dernière répétition, la générale avec les costumes et les décors, dans la salle polyvalente devant les parents bénévoles, premiers spectateurs pour habituer les jeunes acteurs à une présence dans la salle.

 

   Voilà, la troupe se sent prête pour le grand jour. Chacun se sent maître de lui-même. Les timidités du départ, les craintes de ne pas parvenir à leur fin sont évaporées. Ils se sentent liés vers la réussite. Ils ont un sentiment de confiance et d’aisance.

   Coralie et Thomas ont été de bons maîtres de scène.

Le spectacle

 

   Le samedi soir après la générale, les parents de Zélie lui ont demandé de se coucher tôt pour qu’elle soit la plus reposée possible pour le lendemain, même si le spectacle n’a lieu que l’après-midi. Le matin, un dimanche, tout le monde est allé faire une marche pour que Zélie soit la plus sereine possible. Pendant cette marche, Zélie se refait le spectacle et demande à ses parents de faire les répliques. Après le déjeuner, la sieste est impossible. Zélie est trop excitée pour sa performance à venir. Elle prépare ses habits de scène qu’elle dispose dans une valise avec quelques affaires pour se maquiller légèrement et se coiffer.

   Puis, avec sa Maman, elle part à pied vers la salle polyvalente. Son père et Arthur partiront pour l’heure de la représentation.

   Sur place, elles passent par la salle de spectacle. Sur la scène, les décors sont en place, dans la salle les chaises sont disposées en rangs entre une allée centrale et deux allées latérales. Puis elles se dirigent vers les coulisses où les jeunes acteurs s’habillent dans leur costume de scène.

   Les mamans sont là pour aider les enfants à enfiler leurs habits, à se pomponner la face, arranger la coiffure, vérifier une dernière fois les coutures et l’ajustement au corps pour que les habits se tiennent correctement pendant toute la représentation.

   Coralie et Thomas supervisent ces activités et vérifient que les autres bénévoles soient bien en place pour leurs différentes actions : la gestion de l’éclairage, celle de l’entrée, la prise vidéo de la pièce.

   Chez les jeunes acteurs, le stress commence à monter : maintenant, il faudra jouer devant le public. Une première pour eux, la fin d’une aventure qu’ils ont très bien préparée. Seule cette situation n’a pas pu être vécue, même s’il y avait quelques curieux pendant les répétitions.

   Thomas et Coralie les rassurent. Ils leur rappellent qu’ils connaissent très bien leur texte, qu’ils ont réussi à se débrouiller pour rattraper des trous de mémoire, que Thomas et Coralie les ont parfois distraits pour les habituer aux aléas du jeu du théâtre. Ils leur expriment leur confiance sur leur capacité à jouer devant le public. Et que s’il y avait un gros trou, ils seront derrière les décors pour leur souffler le texte. Et pour finir, ils leur enjoignent surtout de se faire plaisir pendant la représentation.

 

   Un brouhaha se fait entendre depuis la salle. Les spectateurs commencent à s’installer. Pour la plupart, ce sont des parents et des élèves de l’école ainsi que des proches. Ils bavardent entre eux, entre familles qui ont le plaisir de se retrouver ici plutôt qu’à la sortie de l’école. Ils commentent cette bonne idée de Coralie et Thomas d’avoir monté cette pièce de théâtre. Et le fait de faire appel à des parents bénévoles a contribué à mieux se connaître et créer une belle ambiance de solidarité.

   Le rideau est fermé. Les spectateurs ne voient pas encore les décors. Depuis la scène, les jeunes acteurs regardent la salle en écartant faiblement les deux pans du rideau. Ils repèrent leurs parents, leur famille, et leur maman qui est allée prendre sa place.

   Puis ils reviennent en coulisse, se répètent quelques parties de saynètes.

   Enfin, l’heure du début arrive. Coralie se présente au public pour présenter la pièce, elle rappelle le travail des élèves pendant presque toute l‘année et leur investissement, puis remercie les bénévoles et les coutrières pour la préparation des costumes, des décors et de l’organisation.

  Pendant ce temps, Zélie et Lisa s’installent sur la scène : quand le rideau s’ouvrira, les spectateurs devront les voir s’activer dans la cuisine de la maison du Chaperon.

   Les trois coups de théâtre retentissent.

   Boum boum boum boum…… boum…… boum…… boum

   Les rideaux s’ouvrent.

   Les spectateurs applaudissent. Zélie et Lisa ne s’y attendaient pas, mais cela leur apporte du plaisir, et c’est juste un tout petit moment bien venu pour s’habituer à la présence du public. Lorsque le silence s’installe, Lisa enchaîne clairement : « Dis, mon petit chaperon, voudrais-tu apporter de la nourriture à ta grand-mère ? »

   Et voilà, la pièce a démarré.

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La fin du spectacle

 

   Tout s’est parfaitement déroulé. Il y eut quelques trous que les acteurs ont su gérer.

   Zélie a donné la dernière répartie. Et les applaudissements éclatent, comme un roulement de tonnerre.

   Les cinq se mettent en ligne sur l’arrière de la scène, main dans la main, puis se rapprochent ensemble sur le devant et s’inclinent longuement.

   Cela aussi, ils l’avaient bien appris.

   La tempête d’applaudissement se poursuit.

   Puis ils reculent vers l’arrière, et demandent à Thomas et Coralie de se joindre à eux pour, à sept, revenir, toujours main dans la main, vers le devant de la scène et s’incliner.

   Les applaudissements se prolongent avec des bravos chaleureux. Les cinq enfants en ont la chair de poule. Ils sont sur un nuage, heureux d’avoir réussi cette performance à laquelle ils n’auraient pas pensé un an auparavant.

   Puis le rideau se ferme, les applaudissements se réduisirent rapidement et s’éteignent pour laisser place au brouhaha joyeux de spectateurs heureux d’avoir assisté à une belle représentation et y allant de maints commentaires élogieux, puis arrivèrent des bruits de chaises que les bénévoles commencent à ranger, aidés de quelques spectateurs.

 

   Les cinq acteurs accompagnés de Coralie et Thomas se rendent en coulisse heureux, riant nerveusement, excités, euphoriques, commençant à mesurer ce qu’ils ont accompli, et qui est leur réussite. Arrivés en coulisses, ils se prennent longuement dans les bras, le temps que la pression retombe et qu’ils réalisent vraiment leur réussite. Thomas et Coralie ne cessent de les féliciter chacun pour sa performance personnelle, puis tous pour cette performance collective. Les enfants les remercient de les avoir emmenés dans cette aventure. Puis ils se remémorent les moments vécus dans ce peu de temps, les trous, les rattrapages, les erreurs qu’ils ont comblées, comme lorsqu’on se repasse les séquences d’un film qui a plu.

   Enfin, ils commencent à retomber dans le réel et quittent à contre cœur leurs habits de scène qu’ils adoreraient conserver sur eux comme une saveur que l’on souhaiterait indélébile en bouche.

   Enfin, ils sont prêts à sortir des coulisses pour rejoindre leurs familles dans la salle de spectacle, avides de retrouver leurs stars du jour.

   Quand ils pénètrent dans cette salle, de nouveau des applaudissements et des cris de joie fusent des familles impatientes de leur exprimer leur joie d’avoir des enfants aussi brillants. Les acteurs tombent dans les bras des parents, des frères et sœurs, des amis. Certains tombent en pleurs de décompression, de fierté.

   Zélie goûte la joie de se retrouver dans les bras chaleureux de ses parents et de Victor, puis de Léa et Mathieu, si fiers eux aussi d’avoir participé à sa préparation, puis les parents de Léa et Mathieu si contents que leurs enfants aient une amie comme Zélie.

   Ce moment est suspendu. Zélie souhaiterait qu’il ne s’arrête pas. Et vient le moment où elle arrive à se détacher des embrassades.

   Le moment de quitter les lieux approche. Zélie se retourne vers la scène où elle a si bien joué. Un dernier coup d’œil pour s’imprégner de ces moments magiques. Thomas leur avait demandé de prendre plaisir. C’est ce qu’elle a fait, c’est ce qu’elle ressent : elle s’est « lâchée ». Ce merveilleux souvenir restera fortement ancré sans son esprit !

   Les deux familles de Zélie et Léa reviennent à pied à leur domicile. Pendant le trajet, Zélie est constamment questionnée sur son ressenti, les difficultés qu’elle a éprouvées, les rattrapages qui ne se sont pas vus….

A la maison

 

   Arrivés sur place, les parents de Zélie proposent à Léa de passer la soirée avec eux. Ils la remercient pour son aide aux répétitions de la pièce et lui disent qu’elle y est pour quelque chose dans le succès de la représentation, ainsi que Mathieu.

   Tout le monde se retrouve dans le salon en cette fin d’après-midi. C’est le moment de prendre quelques boisons et quelques biscuiteries.

   Evidemment, Zélie ne cesse de revenir sur plein de détails, de tout ce qui aurait pu faire échouer, le stress avant la pièce, quelques tremblements parfois, les mots rassurants de Coralie et Thomas, le regard à travers le rideau pour constater la présence de la famille, leur emplacement dans la salle, son positionnement sur la scène avant l’ouverture du rideau, ses tremblements qui ont été arrêtés par les applaudissements chaleureux lorsque le public les a découverts prêts à jouer. Puis le plaisir qu’elle a pris, plaisir de plus en plus fort au point d’en oublier les spectateurs.

   A la question des uns et des autres, elle exprime sa joie d’avoir réalisé cette belle expérience, sa fierté de ce qu'elle considère comme un exploit personnel.

   Cette réussite lui donne confiance en elle-même, et elle exprime son envie de recommencer une expérience similaire, avec une autre pièce, bien sûr.

   Puis son père revient dans le salon avec un paquet dans la main qu’il apporte à Zélie, les yeux humides.

-      Ma chère Zélie, nous aussi, nous sommes très fiers de ce que tu as fait. Nous avons vu comment tu t’es investie dans ce projet. Nous étions sûrs que tu allais réussir. Et pour te remercier de cette joie que tu nous as apportée, voici un cadeau qui, nous l’espérons, te plaira.

    Ne s’attendant pas à cette attention de ses parents, Zélie tombe en larmes. Elle comprend qu’au-delà de sa performance personnelle, il y avait des retombées de fierté dans la famille. Elle s’effondre dans les bras de ses parents quelques instants, les remercie vivement pour le cadeau qu’elle n’a pas encore ouvert, mais aussi pour les conditions qui lui ont permis cet exploit. Puis elle ouvre le paquet joliment emballé.

   Elle découvre un beau livre de pièces pour adolescents, des pièces à sa portée, autant en lecture qu’en exécution.

   Puis elle retombe dans les bras de ses parents pour les remercier et leur dire qu’elle a tellement pris de plaisir qu’elle va le lire immédiatement et le montrer à Thomas pour lui faire programmer un autre spectacle.

Epilogue

 

   Après le repas en présence de Léa, où Zélie ne cesse de revenir sur des détails, sur la prise de conscience de sa capacité et son plaisir à jouer des pièces de théâtre, et après le départ de Léa, Zélie monte dans sa chambre.

   Son excitation encore présente, la tête pleine par la réussite, ne favorisent pas l’endormissement qui arrive quand même, un peu plus tard que d’habitude.

   Au petit déjeuner, Zélie se questionne sur la façon dont elle va être accueillie à l’école. La seule façon de le savoir est de s’y rendre.

   Dans la cour, certains élèves viennent à elle pour la féliciter, d’autres restent indifférents, peut-être même un peu jaloux. Zélie se dit que probablement certains auraient bien souhaité un échec, qu’elle ne sache pas son texte…

   Thomas lui demanda comment s’était déroulé la soirée. Elle lui fit part du cadeau qu’elle avait reçue et qu’elle souhaitait lui montrer, et surtout qu’elle se sentait prête pour recommencer.

   La sonnerie habituelle fait ranger les élèves devant les entrées.

   Lorsque que tout la classe est assise, Thomas adresse, devant tout le monde, ses félicitations à Zélie et à Victor en évoquant le travail qu’ils avaient effectué pour en arriver à ce résultat. Puis toute la classe applaudit avec des cris de joie, et on entend aussi des applaudissements dans la classe de Coralie pour les trois autres acteurs en herbe.

   A cet instant, toute l’école retentit de bravos décernés à juste titre aux cinq élèves.

   Le cœur de Zélie se gonfle d’une intense émotion qui la prive de paroles. Thomas le comprend et propose de commencer la classe.

 

   A partir de ce moment, Zélie change d'avis sur ceux qu'elle n'appréciait pas. Chacun a entraidé l'autre quand il y avait un trou de mémoire. Elle en déduit qu'il faut se méfier de sa première impression.

   Il lui reste la fierté d’avoir réalisé cette pièce, et la vidéo qui a été prise pendant le spectacle lui permettra de la revivre.

   Elle sait qu’elle pourra en parler plus tard comme une expérience réussie. Elle a acquis une confiance en elle-même, mais pour y parvenir, il fallait passer par l’épreuve du spectacle devant un public, moment où elle s’est sentie incroyablement à l’aise.

   Auparavant à tendance timide, elle a désormais pris confiance en elle.

   Elle a appris des mots et elle se sait capable d’apprendre un texte et de donner la réplique, voire d’utiliser son imagination instantanée pour palier une difficulté.

   Grâce à cette expérience qu’elle a menée jusqu’à son terme, où il a fallu respecter les consignes de Coralie et Thomas, elle se sent fière d’elle-même.

   A quand la prochaine pièce ?

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